La situation de la Fonderie de Bretagne est entrée dans une phase critique. Dans un nouveau communiqué, la CGT ne mâche plus ses mots : l’usine de Caudan est « au bord du gouffre » et fait face à un « risque imminent de liquidation judiciaire ».

L’alerte n’est pas anodine. Elle intervient après des mois de quasi-absence de production, d’inquiétudes grandissantes parmi les salariés et de dégradation du climat social. Désormais, les derniers éléments financiers publiés par Europlasma le 11 juin viennent alimenter les pires craintes. Les commissaires aux comptes ont refusé de certifier les comptes annuels et consolidés de l’exercice 2025, un signal particulièrement grave qui interroge directement la capacité du groupe à assurer la continuité de ses activités.
Pour les salariés, le sentiment est celui d’un immense gâchis. Il y a un an encore, la reprise du site était présentée comme une nouvelle chance pour l’avenir de la fonderie. Aujourd’hui, les promesses industrielles semblent s’être évaporées, laissant place à l’incertitude, à l’angoisse et à la perspective d’une liquidation qui pourrait anéantir des centaines d’emplois directs et indirects.
La CGT accuse ouvertement Europlasma d’avoir bénéficié d’aides publiques considérables avant de laisser le site s’enfoncer dans une impasse. « En soixante ans d’existence, notre usine n’a jamais été traitée avec autant de mépris », dénonce le syndicat, qui pointe des salariés abandonnés et plongés dans une anxiété devenue insupportable.
Au-delà du seul cas de la Fonderie de Bretagne, cette crise soulève une question politique majeure : combien de temps l’argent public continuera-t-il à soutenir des projets industriels sans garanties suffisantes sur leur viabilité, leur stratégie et la préservation de l’emploi ? Une fois encore, les salariés ont le sentiment de payer le prix de décisions prises loin des ateliers et des réalités du terrain.
La présentation des conclusions de la commission d’enquête parlementaire sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs est venue donner un écho particulier à cette situation. Car à Caudan, beaucoup voient dans le dossier de la Fonderie de Bretagne une illustration de plus d’un modèle économique où les montages financiers et les effets d’annonce prennent le pas sur les engagements industriels de long terme.
Face à cette menace, la CGT appelle à une intervention immédiate de l’État et exige une totale transparence sur la réalité du projet de reprise. Car une liquidation de la Fonderie de Bretagne ne serait pas seulement la fermeture d’une usine. Elle constituerait un nouvel échec industriel français, un nouveau renoncement de la puissance publique et une nouvelle fracture pour un territoire qui refuse d’être sacrifié.
Une question demeure désormais : qui assumera la responsabilité si la Fonderie de Bretagne, après avoir bénéficié de promesses, de plans de soutien et d’argent public, venait à disparaître dans l’indifférence générale ?
Vendredi matin, de nombreux militants, élus et citoyens se sont rassemblés aux côtés des salariés de la Fonderie de Bretagne pour réaffirmer une conviction simple : l’industrie n’est pas une marchandise et les emplois ne doivent pas être sacrifiés sur l’autel de la finance.
Cette mobilisation a également été marquée par le soutien de la députée Aurélie Trouvé, venue présenter les conclusions de la commission d’enquête parlementaire sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs. Un travail qui met en lumière les mécanismes financiers qui fragilisent les entreprises, détruisent des savoir-faire industriels et menacent des milliers d’emplois à travers le pays.
Pour la députée comme pour les salariés mobilisés, le combat de la Fonderie de Bretagne dépasse désormais le seul cadre local. Il est devenu le symbole d’une bataille plus large pour la défense de l’emploi, de la souveraineté industrielle et de l’avenir des territoires. « Face à ceux qui spéculent, nous choisissons la solidarité. Face aux logiques de profit à court terme, nous défendons l’emploi, l’industrie et l’avenir de nos territoires », a-t-elle rappelé, apportant un soutien politique fort aux salariés et à leurs revendications.